Episode 1 - Haute-Garonne & Ariège




Croquantes a mis le cap au sud pour débuter son tour de France de projections : 8 jours de virée, 7 séances en mode tout terrain, 2000 kilomètres sans panne sèche et 1032 spectateur·rices au compteur. Le film a été projeté dans de toutes petites et de très grandes salles de cinéma, des salles polyvalentes et on a même tenté une chapelle.

Nous sommes passées de la ville à la campagne et de la montagne au bocage. Des projections toujours suivies d’échanges avec des spectateur·ices âgé·es de 15 à 85 printemps, le tout animé par : Elise Williamson (une Croquante), Emilie Serpossian (une Croquante qui a rejoint l’équipe des films Hector Nestor), Christine Bocquel (administratrice de l’association les films Hector Nestor), les deux réalisatrices, Tesslye Lopez et Isabelle Mandin.

A Aurignac, nous avons rencontré les Frangines 31 et Stéphanie Florquin, l’animatrice de leur groupe. Des femmes entrepreneuses en milieu rural qui, à l'image des Croquantes, se regroupent en mixité choisie pour se former, se soutenir, oser donner vie à leurs idées et projets. Le film a résonné fort dans la salle du ciné Donjon. De nombreuses spectatrices s’y sont reconnues dans les mots, les gestes et l’envie de se faire entendre.

A Saint Gaudens, nous avons passé la journée au cinéma le Régent, un lieu vivant où l’on se sent bien. Le matin, 160 élèves du lycée agricole emmené·es par leur profs Camille Pernias et Camille Gautier ont découvert le film.

Les filles ont pris la parole pour partager un peu de leur vécu et revendiquer aussi : leur désir de liberté, plus de respect de la part des garçons et leur besoin d’équité surtout. Ces jeunes femmes n’en peuvent plus d’être traitées différemment de leurs collègues masculins sur leurs lieux de stage et d’apprentissage. Pour accompagner ces échanges, nous étions avec Sabrina, une membre active du collectif du 8 mars. Certains jeunes spectateurs ont eu du mal à comprendre que l’on puisse réaliser un film sans personnage masculin.Il est encore difficile pour certains de voir à l’écran des corps féminins qui pensent, qui parlent, qui agissent avec intelligence et courage dans un intérêt collectif. Mais plusieurs spectateurs de cette tournée sont aussi venus nous dire à quel point ils avaient trouvé important d’entendre parler sans tabous et avec légèreté des règles, de la ménopause, de la vasectomie et de la répartition des tâches. Ceux-là ne se sont pas sentis exclus, au contraire.

Nous sommes arrivées en Ariège dans un contexte tendu.
A Foix, éleveur·euses, écologistes, chasseur·euses, pro et anti ours s’affrontent.
Le dialogue a laissé place à la violence.

 


A Bordes-sur-Arizes, nous avons été accueillies par Séverine Commenge en charge de la culture et Steeve Denoy, élu, tout deux très investi·es pour faire vivre leur commune. Grâce au matériel des Sisters of Saleich, nous avons projeté Croquantes dans de supers conditions. Une première séance en petit comité où chacun·e des spectateur·icesa pu partager en toute simplicité sa propre expérience au regard du film. Comment parler de ses règles avec ses associés ? Qu’est-ce que la sororité pour moi ? Comment trouver des terres pour s’installer quand on est une femme seule ?


Ces questions ont aussi résonné à Serres-sur-Arget le dimanche matin. C’est à l’invitation de l’Association des Maires Ruraux d’Ariège en la personne de Marie-Cécile Rivière, adjointe locale très impliquée, que nous sommes arrivées sur cette commune ariégeoise de 600 habitants. Les élu·es de Serres sur Arget cherchent elles et eux aussi à réunir les habitant·es autour de propositions culturelles propices au dialogue et au débat. C’est dans la salle polyvalente qui avait précédemment accueilli le film Debout les femmes de François Ruffin que nous avons projeté Croquantes.


Les conditions étaient un peu plus rock’n roll que la veille… On a testé trois vidéo-projecteurs avant de trouver le bon et le noir s’est fait grâce à des feuilles d’aluminium et des sacs poubelles collés sur les fenêtres la veille. Mais Marie-Cécile et ses accolytes n’ont pas compté leurs heures pour nous accueillir au mieux. Elles et ils ont réussi à faire venir (de loin parfois) de nombreux·ses spectateur·ices et ce malgré la sévère pénurie d’essence, le tout en pleine foire agricole dans la ville voisine. La salle s’est vite remplie et, une nouvelle fois, les Croquantes ont touché juste. Lors de l’échange qui a suivi, plusieurs témoignages ont révélé les difficultés vécues par les bergères, seules dans leur montagne avec leurs animaux et bien trop souvent victimes d’intimidations voire de violences de la part d’éleveurs ou d’autres bergers. C’était fort et émouvant de voir comme le film résonne chez des personnes aux vécus divers sur des territoires et des paysages différents. Les graines semées par le film ont semble-t’il pris sur le terroir ariégeois puisqu’à l’issue de la projection Cyrielle Bignonneau, animatrice de l’ADEAR local, a récolté 35 noms de spectatrices motivées pour monter à leur tour un groupe d’agricultrices en mixité choisie.






Nous sommes rentrées chez nous gonflées à bloc de toutes ces rencontres, hyper heureuses et fières aussi que le film encourage d’autres à créer à leur tour de nouveaux collectifs. Et puis, on s’est senties aussi un peu submergées par l’engouement suscité par le film. C’est le genre de chose que l’on espère forcément un peu mais que l’on ne s’imagine pas vivre un jour vraiment. Alors quand ça arrive et bien ça fait tout drôle…


Après une petite journée de pause, nous avons retrouvé la Loire-Atlantique pour deux nouvelles séances. Mardi matin, nous étions 118 au cinéma le Nozek à Nozay. C’est grâce à Marie Croguennec, chargée culturelle de la communauté de communes que cette rencontre a eu lieu. Avec sa collègue Véronique Moyon du service économie, elles ont invité les agriculteur·rices du territoire à venir. On a aussi eu la chance de croiser les générations avec les élèves du CFA Nantes Terre Atlantique – Jules RIEFFEL et les ‘pionnières’ Huguette Blin et Marie-Paule Méchineau. Il a été question des combats passés, du regard des Croquantes d’aujourd’hui, de la place des hommes dans tout ça, de comment faire pour avancer ensemble en inventant de nouvelles manières de travailler.


Le soir-même nous étions à Derval à l’invitation du collectif Graines d’automne. Nous avons tenté un lieu insolite pour commencer : une chapelle. Mais l’écho des Croquantes n’est semble-t’il pas compatible avec l’acoustique divine. Gilles Philippot et Marion Gaborieau ont remué ciel et terre pour nous trouver une nouvelle crèche. Grâce à elle et lui, avec en bonus la réactivité des services municipaux dervalais. Croquantes a pu être projeté quelques heures plus tard devant 170 spectateur·ices. 


Lors du débat, des ancien·nes agriculteur·ices ont confié être étonné·es d’entendre résonner toujours et encore les mêmes paroles. Le même manque de reconnaissance professionnelle, les mêmes inégalités, l’inégale répartition des tâches domestiques… Des femmes en cours d’installation seule ou en dehors d’un cadre conjugal ont aussi témoigné des difficultés à accéder à du foncier, à des prêts bancaires pour s’installer. Et aussi, de la mise en place d’un réseau informel d’entraide entre femmes du métier du côté de Plessé.



Croquantes s’inscrit dans une histoire de luttes féminines et féministes. C’est un nouveau maillon de la chaîne, une nouvelle occasion de remettre sur la table les questions qui grattent, les sujets délicats qui n’évoluent pas aussi vite que l’on voudrait. C’est un film qui fait sa part et qui en appelle plein d’autres à fleurir. 



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